Pleins feux sur la sous-traitance

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« Grand central » (1), premier long métrage de fiction sur les travailleurs du nucléaire, a fait plus de 200 000 entrées depuis sa sortie le 28 août. Rencontre avec Claude Dubout, conseiller technique du film et auteur de « Je suis décontamineur dans le nucléaire » (2), ouvrage autobiographique poignant à l’origine du film.

Que raconte ce film ?
La vie des nomades du nucléaire, avec une histoire d’amour en arrière plan. On sent tout dans le film : comment les nomades vivent, comment ils travaillent.

Est-il fidèle à la réalité ?
Oui, même si on aurait pu aller encore plus loin. Le film reste assez soft.

Quel rôle avez-vous joué dans sa réalisation ?
Quand la réalisatrice Rebecca Zlotowski a découvert mon livre, elle m’a tout de suite appelé et elle est venue discuter avec moi. On a parlé pendant des heures et même des jours, et elle m’a demandé de corriger le scénario du point de vue technique. Ensuite j’ai fait les repérages en Autriche avec l’équipe du film, je me suis occupé des costumes (obtenir des tenues « Muru » par exemple) mais aussi des décors, et j’ai été conseiller technique sur tout la partie nucléaire du film.

Où a eu lieu le tournage ?
En Autriche, à la centrale de Zwentendorf, près de Vienne. Une centrale qui n’a jamais servi car le peuple autrichien a mis le nucléaire hors constitution. On a filmé là-bas parce qu’EDF n’a pas voulu qu’on le fasse en France. Filmer le nucléaire, c’est tabou dans notre pays.

Toutes les scènes d’intérieur ont donc été faites en Autriche ?
Oui, sauf qu’on a recréé des éléments de décor nucléaire parce que cette centrale n’a jamais servi.

Mais les scènes d’extérieur, elles, ont bien été tournées en France ?
Oui, autour de Cruas.

Comment avez-vous travaillé avec les acteurs ?
Ils m’ont posé beaucoup de questions et chaque fois qu’ils avaient un problème technique (comment porter un masque, etc.), j’étais là pour leur répondre.

Quel souvenir marquant gardez-vous de ces moments ?
Ce qui m’a marqué c’est ce que m’a dit Tahar Rahim (l’acteur principal du film, ndlr) quand on a vu le film ensemble une fois sorti. Il m’a dit : « Jamais je ne ferai ton métier ».

Tahar Rahim s’est beaucoup investi dans ce rôle de salarié sous-traitant ?
Toute l’équipe, y compris les cameramen, me posait des questions à n’en plus en finir. Personne ne sait rien sur le nucléaire !

Pourquoi avoir écrit ce livre, « Je suis décontamineur dans le nucléaire » ?
A cause de la grève de la faim des sous-traitants de Cruas, en 2008. Quand j’ai vu mes collègues se mettre en danger pour 1300 euros, je me suis dit que c’était impensable. Déjà qu’on risque notre vie en travaillant dans ce milieu, si pour garder notre emploi à 1300 euros il faut être prêt à mourir de faim… J’estimais que ce n’était pas normal. On s’est aussi aperçu qu’autour de la centrale de Cruas les gens ne savaient pas qu’on existait. Ils croyaient qu’il n’y avait que des agents EDF. Ils ne savaient pas qu’il y avait des salariés sous-traitants qui travaillaient tous les jours dans le bâtiment réacteur.

Extrait Film

Photo extraite du film Grand Central ©Les films VELVET

Après cette grève de la faim, tous les salariés ont-ils été embauchés ?
Quasiment tous. Moi j’ai préféré partir. Et je me suis dit qu’il fallait donner une reconnaissance à tous ces travailleurs, je voulais qu’ils ne soient plus invisibles. D’où ce livre.

Quel regard portez-vous aujourd’hui sur la sous-traitance dans le nucléaire ?
Je pense qu’on est maltraités. Ce n’est pas uniquement du fait d’EDF mais aussi des entreprises sous-traitantes. Ces entreprises se tirent la bourre entre elles et créent un mauvais climat.

Vous ne travaillez plus dans le nucléaire aujourd’hui ?
Je n’ai pas quitté le nucléaire, je me suis simplement retiré de la « décontamination ». Je fais maintenant des appels d’offre pour le démantèlement. Je suis devenu encadrant, mais j’apporte toujours des conseils sur la décontamination.

Cette mise en retrait, vous l’avez aussi décidée pour des raisons de santé ?
Oui, j’étais arrivé à un tel niveau de dose… Il fallait bien que je m’arrête. Et puis j’étais très frustré de n’avoir aucune reconnaissance malgré tout ce que j’ai fait dans le nucléaire.

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ClaudeDubout

Claude Dubout sur le tournage du film ©Shelby DUNCAN

(1) Réalisé par Rebecca Zlotowski. Avec Tahar Rahim, Léa Seydoux et Olivier Gourmet. Production : Les films Velvet
(2) Editions Paulo-Ramand, 2010

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