Claude Dubout, décontamineur et conseiller technique pour le film Grand Central

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La dose. “Incolore, inodore, invisible, elle est partout autour de toi.” Au-delà de la romance que la réalisatrice Rebecca Zlotowski fait naître dans une équipe de sous-traitants du nucléaire, c’est la vie et le travail de ces décontamineurs qui nous sont donnés à voir. Claude Dubout, travailleur du nucléaire, a été le conseiller technique du film.

“C’est un combat. Contre la dose. Incolore, inodore, invisible, elle est partout autour de toi. Tu respires mal, ton cœur s’emballe à 100 à l’heure”, lance le chef d’équipe, joué par Olivier Gourmet, à Gary (Tahar Rahim), jeune homme plus tout à fait adolescent qui cherche à devenir quelqu’un de bien, à gagner sa vie alors qu’il n’a pas de diplôme, et se retrouve dans la famille des sous-traitants du nucléaire. Cette famille que la réalisatrice Rebecca Zlotowski met en scène dans Grand Central (1).

“J’ai déplacé la radioactivité”

Durant plus de vingt ans, Claude Dubout a été Gary. “J’ai décontaminé, j’ai déplacé la radioactivité, pour que d’autres corps de métier puissent ensuite intervenir dans des conditions radiologiques acceptables”, raconte-il. Alors pendant quelques mois, Claude Dubout a été le “conseiller nucléaire” de l’équipe du film. Le scénario s’est d’ailleurs construit à partir de son livre, “Je suis décontamineur dans le nucléaire” (2). “Et c’est vrai, on n’a pas le choix, avant d’envoyer les troupes, il faut des éclaireurs pour repérer, estimer, évaluer, assainir. Seulement voilà, la contamination ne disparaît malheureusement jamais tout à fait. La décontamination n’est pas une science exacte, ni un processus technique abouti.”

Tournage dans une centrale jamais nucléarisée

“Le film est très réaliste quant aux conditions d’interventions et aux contraintes techniques. C’était une condition pour que je collabore : je ne voulais pas que le film puisse être attaqué sur tous ces aspects. Pour une fois que l’on montre ceci, il fallait le faire bien. C’est ce qu’a réussi la réalisatrice”, explique Claude Dubout. Le tournage a eu lieu dans la centrale de Zwentendorf dans la banlieue de Vienne en Autriche, construite, mais jamais mise en activité. “C’est la même que Fukushima”, précise-t-il.

“On ne se rend pas compte des rythmes de travail”

“Évidemment, ce n’est pas un documentaire sur le nucléaire, donc on est parfois plutôt en dessous de la réalité, il n’y a que quelques scènes en tenue technique. Et surtout, on ne se rend pas compte des rythmes de travail, de la pression pour aller toujours plus vite”, remarque le décontamineur. Presque dès les premières images, “la dose”, cette menace invisible, devient un personnage à part entière du film.

Triche au dosimètre

Pour gagner plus, Gary triche avec son dosimètre. “C’est simple, là, pour nous, t’es en sursis, si on relève encore trop de dose sur ton dosimètre, on t’arrête pour la saison”, le menace la responsable des équipes de l’installation nucléaire. Alors les fois suivantes, il planque le dosimètre avant de descendre. “Aujourd’hui, c’est un des points positifs par rapport au film, on ne peut plus tricher ainsi. Mais les sous-traitants prennent toujours une dose beaucoup plus importante que les salariés des opérateurs.”

“Ils y vont, quoi”

Sur l’air d’une dose d’amour tout aussi irréversible que la radioactivité, la grande famille de Grand Central vit aux abords de l’installation, sur les berges du fleuve. Les seniors de l’équipe essaient de transmettre leurs connaissances aux jeunes, qui n’ont été formés que quelques jours. “C’est pareil dans la réalité : heureusement que ce minimum de transmission du savoir se maintient, de façon informelle. Il n’y a qu’une formation théorique, durant cinq jours”, raconte Claude Dubout. “C’est aussi pour cela que j’ai écrit le livre, pour que l’on connaisse mieux ce métier. Que l’on se rende compte que les décontamineurs font un métier essentiel, sans aucune reconnaissance.” Et d’ajouter : “tous ces mecs, ils ont un cœur gros comme ça. Ils y vont, quoi”.

(1) Dans les salles depuis le 28 août, le film a été présenté en section “Un certain regard” à la sélection officielle du festival de Cannes 2013.
(2) “Je suis décontamineur dans le nucléaire”, de Claude Dubout, Éditions Paulo-Ramand, 2009.

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