Qui sont les travailleurs du nucléaire ?

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Avez-vous imaginé un instant, lorsque vous actionnez l’interrupteur pour éclairer le lustre de votre salon, que derrière ce clic familier et cette lumière qui jaillit aussitôt, il y a tout un monde invisible qui autorise cette aubaine. Derrière l’ampoule, des fils, au bout des fils se trouve le disjoncteur, branché sur le compteur, lui-même relié au transformateur. Tout cela sur quelques centaines de mètres, sans que vous ne voyiez rien, comme si c’était de la magie. Et bien ce n’est pas illusoire, cette lumière vient de loin par des kilomètres de câbles. Elle provient de l’énergie que produisent les centrales hydroélectrique, thermique et nucléaire.

Intéressons nous à cette dernière : la centrale nucléaire de production d’électricité (CNPE), l’EPR !

Notre courant vient donc de cette énergie transmise par cette usine, où des hommes et des femmes œuvrent pour faire tourner la turbine. Ce sont les travailleurs des centrales nucléaires, les employés des entreprises prestataires. Certes ils ne sont pas les seuls à travailler, mais ce sont eux qui réalisent les boulots les plus ingrats. Ils sont plusieurs dizaines de millier, ils exercent différents métiers, ils se déplacent de site en site, ils reçoivent la majorité des doses radioactives, ils ont des emplois précaires car victime à chaque nouvel appel d’offre de la politique du moins disant.

En effet après quelques années d’exercice sur un site, l’exploitant vends la sureté, la sécurité, les risques à l’entreprise qui rivalise ou négocie avec ses concurrentes pour obtenir le marché. C’est-à-dire « faire » le même travail, souvent plus, mais pour encore moins d’argent.

Ces entreprises font part d’une ingéniosité remarquable pour s’accaparer le magot. Elles rachètent des petites structures (familiale) pour avoir des taux horaire de main-d’œuvre le plus bas possible (mais non raisonnable). On constate ainsi jusqu’à six (ou plus) niveaux de sous-traitance et de plus en plus des firmes étrangères venu d’autres pays qui ont des tarifs financiers 10 fois inférieur. Mais quand est-il de la qualité, des connaissances, des performances du travail accompli ? Souvent ces groupes sont crées par l’exploitant lui-même pour orchestrer la baisse des prix de la masse salariale.

Vous penserez alors que ces sociétés se privent volontairement, et bien non, car elles obtiennent tout de même une marge bénéficiaire finale identique à quelques pouillèmes près.

Quand est-il alors ? Ce bénéfice est acquit au détriment d’une politique salariale juste et inégale.

Mais que devient le travailleur ? Après avoir œuvré avec sérieux, conviction, professionnalisme, il est malgré tout réembauché dans la nouvelle entreprise, à force de protestations, de mouvement social, de  grève de la faim. Et aussi parce qu’il n’a pas d’autres choix, il n’a pas de diplômes car les seules qui existent dans cette industrie sont des masters, des licences. Oh ce n’ai pas qu’il ne puisse y prétendre, mais vous comprendrez aisément que pour frotter le fond d’une piscine, ce n’est pas indispensable.

Il existe en effet aucun cursus scolaire ni de cours académiques, universitaire ni en alternance, ni même en formation continue pour devenir travailleur du nucléaire, tout juste des formations d’une ou deux semaines avec des recyclages qui sont identiques depuis trente ans.

Ces métiers n’existent d’ailleurs pas en dehors du secteur nucléaire, et non plus dans le dictionnaire français, ce sont des professions inventées de toutes pièces, mais volontairement banalisées, pour ne pas occasionner de prétention et d’existence. On dit activité de logistique depuis peu, avant c’était servitude. Cela fait juste un peu plus technique, mais le job reste identique nous sommes ceux qui servent, qui nettoient derrière les autres, ceux-là sont plus importants ou plus cher à EDF. Nous intervenons aussi avant les autres, pour assainir, pour diminuer le risque qu’ils vont prendre. Rendez-vous compte que l’exploitant paie des gens pour faire le sale boulot, celui que les autres ne veulent pas faire. Ce n’est donc pas étonnant s’il rogne ces coûts là.  

Pourtant, à peine démoralisé le travailleur se remet en selle, car il ne perd que quelques pouillèmes de son salaire, dû seulement au changement de convention collective et là son nouveau patron prétend qu’il n’y peut rien. Il doit être utile à l’entreprise qui lui a fait grâce de son emploi. Il doit aider les nouveaux, surveiller les intérimaires et s’exposer aux rayonnements à leur place puisqu’eux n’ont pas le droit d’accès.

Il n’est même pas assuré de travailler près de chez lui, on peut l’envoyer en déplacement pour le même salaire, ou presque, car les émoluments qu’on lui attributs ne couvrent pas une nuitée, un petit déjeuné, un déjeuné et un diner. Il peut « faire un peu de gratte » sur ces frais pour au moins compenser l’éloignement d’avec ses proches et éviter un éclatement de sa famille, mais il faut alors qu’il se prive, qu’il dorme dans une caravane, qu’il mange des sandwichs…Ces déplacements, nous en conviendrons, permettent à nos entreprises de gérer, de planifier les ressources humaines et d’après ce que nos RH en dises, de faire vivre l’entreprise. Mais pourquoi n’avons nous pas comme les expatriés, une prime, tout au moins nationale ? Et aussi une remise de peine pour notre retraite comme les cheminots, les mineurs…

Quand à une éventuelle progression, un semblant de plan de carrière, il ne peut y prétendre. Chaque fin d’année s’il subit un entretien annuel, il s’entend irrémédiablement répéter que la crise internationale, la conjoncture nationale, la créance de l’entreprise ne permet pas de lui attribuer une augmentation de salaire. Et pourtant le coup de la vie augmente inexorablement, sans que ce soit la faute de qui que ce soit, et lui le travailleur, il perd chaque année un peu plus, il se précarise davantage, presqu’imperceptiblement. Bon gré mal gré, il doit continuer pour payer son crédit immobilier, nourrir sa famille, payer ses impôts, vivre tout simplement…Il pourrait se plaindre, mais on l’en dissuade par tout les moyens, menaces de déplacement, de mise au placard… Il ne doit pas s’exprimer car il est tenu au secret car il œuvre dans un secteur régit par Vigipirate. Vous penserez que ce n’est surement pas le seul être sur notre terre à devoir s’acquitter des dépenses de la vie, et vous avez raison mais dans tout les secteurs et toutes les profession de l’industrie, lequel des employé est soumis à autant de contraintes : précarité, non reconnaissance, déplacement, pas de diplômes, l’obligation de silence, la non prise en charge d’une éventuelle maladie, son obligation d’être performant, et en plus les risques auxquels il doit faire face. Car il s’avère aujourd’hui que nous ne savons pas ce que peut produire et induire les rayonnements sur notre organisme. J’ai été irradié à la main, et lorsque j’ai été opéré du canal carpien de cette main, j’ai demandé au docteur si la dose prise pouvait être à l’origine de la déformation de mon muscle de la paume, il n’a pas voulu s’engager. J’ai aussi subi une irradiation exceptionnelle avec dépassement de la limite annuelle, et pour reconnaissance du fait, on m’a accusé de blasphème, et je n’ai même pas obtenu de contrôle médical.

Nos doses sont-elles donc aussi invisibles que nous ? Quel médecin, quel expert, quel organisme, quelle institution, quel état reconnaitra cette incidence sans auparavant y être obligé ? Pour l’instant, il n’y a pas de maladie radio induite reconnu, ou vraiment exceptionnellement. Faudra t-il attendre aussi longtemps que l’amiante ? Que les irradiés des essais nucléaire ? Nous sommes suivi médicalement asses rigoureusement, mais alors que les centrales vieillissent, que nous capitalisons d’année en année plus d’exposition, pourquoi ce suivi est il passé de semestriel à annuel ?  

Nous constatons ces derniers jours, une propagande de recrutement pour le nucléaire, et ce qui nous choque le plus est de voir que les mannequins qui promeuvent nos métiers n’ont pas plus de vingt ans et des rêves plein la bouche. Nous sommes persuadé qu’ils ne savent pas vraiment de quoi ils parlent, ni ce qui les attends. Leurs espérances vont devenir sombres et obscures, la lumière que nous doit au moins EDF, ils l’a verrons quotidiennement au travers des néons qui jonchent les bâtiments, le réacteur… Ils ne seront plus que l’ombre d’eux même, des invisibles comme nous. Derrière ces grilles, ces hauts murs de béton sans fenêtre sur l’extérieur, ils n’existeront pas. J’en ai moi-même fait la triste expérience, alors que décidé à changer de métier, j’ai subi un entretien d’embauche dans lequel le recruteur m’a demandé ce que j’avais fait depuis toutes ces années et qu’il ne connaissant pas la profession que j’exerçais. Mon expérience ne sert-elle donc à rien ?

Vous allez, à la suite de ce document, nous dire, vous esclaffez : « vous ne faites que vous plaindre » Non, nous ne nous plaignons pas seulement, nous vous exposons des faits, fondés, vérifiables.  Les employés des exploitants ont par le passé exposés des griefs contre nous : ils nous ont reprochés de prendre leur travail, de séquestrer la connaissance, d’être plus nombreux qu’eux. C’est vrai puisque nous sommes environ 800 sur une période de quelques semaines et pour une tranche, par rapport à 1000 agents à l’année, mais nous réalisons plus de 80 % des activités en zone contrôlée. Nous ne pouvons pas, nous ne voulons pas rivaliser étant donné que nous en avons largement asses pour nous, et que de toute manière nous n’avons pas les mêmes avantages ; nous payons le kilowattheure, le double.

Nous ne cherchons pas à remplacer notre ainés, les agents EDF, AREVA, CEA, ni même à les critiquer ; car il s’avère qu’ils sont aussi malheureux que nous. Le nombre de déprime ou de suicide dépasse largement celui de nos inquiétudes.

Alors pourquoi prenons nous la parole ici. Nous devrions être enchantés de la perspective d’un nouvel outil de travail ! , cet EPR. C’est à la fois vrai, mais pas complètement, car rien n’a été envisagé pour nous, une fois de plus. Nous savions déjà que les centrales n’étaient construites et réalisées que pour une production maximum, que pour un gain optimal. Elles n’ont jamais été pensées pour nous accueillir, pour que nous puissions effectuer notre travail, dans les règles de l’art, en minimisant les risques, comme nous savons le faire pour la sécurité, la sûreté de nos familles, la population nationale, internationale. Et l’EPR, vous nous direz il est pourtant moderne, sophistiqué, plus technique encore. Oui ce n’est pas faux, mais il est  envisagé pour produire encore plus, les modifications les plus importantes sont le renforcement de la redondance par une ligne supplémentaire. C’est-à-dire une roue de secours à la roue de secours, pour accroitre sa disponibilité. S’il est plus grand c’est bien, mais s’il y a plus de matériel dedans, il ne reste pas plus de place pour travailler, et a propos de la sécurité, des risques que nous subissons, qu’est-ce qui à évolué ? Il parait que le trou d’homme d’accès au générateur de vapeur qui était bien trop petit pour les jumper, a été agrandi de quelques centimètres seulement, et pour que ce nouveau réacteur produise encore plus, on ne l’arrêtera pas pour effectuer certains travaux. Ce qui résulte que nous subirons encore un peu plus de risque.

 

Je suis décontamineur dans le nucléaire depuis trente ans, j’ai la ferveur de mes vingt ans lorsqu’il s’agit de plongé en fond de piscine pour la décontaminer, pour qu’une poignée de gars interviennent après moi en toute quiétude, et d’après mes collègues, j’ai ce regard qui ne laisse aucun doute quand à ma détermination pour accomplir des miracles avec seulement un outil et ma conviction. C’est le même que tous les gars du nucléaire ont sur le visage, cette même flamme qui brille encore au fond d’eux quand ils s’en vont dans la machine braver la radioactivité en espérant bien en revenir indemne, avec un cœur énorme, comme celui des héros, ceux de votre électricité journalière. J’espère qu’elle ne s’en ira jamais !

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