Le démantèlement nucléaire…

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De nombreux démantèlements ont eu lieu dans les décennies passées. L’expérience acquise durant ces opérations a permis de construire les bases d’un nouveau métier d’ingénierie. Il est possible d’affirmer que les techniques de démantèlement existent et sont maîtrisées, que les règles de travail entre exploitants industriels et autorités de sûreté sont

maintenant clairement établies. Le volume des déchets de démantèlement est faible. Le coût du démantèlement est connu, supportable, et de l’ordre de 15% du coût de construction.

Son financement est prévu, sans impasse sur les générations futures. Tout est prêt pour les démantèlements à venir.

 

1. Introduction

Les activités industrielles ont toutes une fi n, et, de façon générale, se pose la question du devenir des installations et usines, une fois les productions arrêtées. L’expérience passée de notre civilisation industrielle ne donne pas une image très reluisante de la prise en charge des bâtiments industriels après l’arrêt des activités : l’abandon en l’état, la création de friches industrielles, les bâtiments délabrés sont fréquents, et parfois, des produits dangereux sont abandonnés, et les terrains industriels sont largement souillés. Il n’est donc pas étonnant que beaucoup s’inquiètent du sort ultime des installations industrielles nucléaires. Heureusement, les mentalités d’une part, et la prise de contrôle administrative par l’Etat des problèmes de sûreté d’autre part, ne permettent plus de reproduire les situations anciennes héritées du démarrage de la civilisation industrielle du XIXe siècle, et c’est heureux. Dans l’ensemble, l’industrie nucléaire a eu, dès sa création, une conscience très forte de l’obligation de prévoir le démantèlement contrôlé des installations, réacteurs ou usines du cycle, même si aujourd’hui on peut parfois critiquer quelques unes des opérations passées.

L’expérience du démantèlement s’appuie maintenant sur plus de cinquante ans d’activités, ce qui permet d’affirmer que l’on sait démanteler, que le volume des déchets créés par les opérations de démantèlement n’est pas exorbitant, et que les coûts des opérations sont raisonnablement connus et ne grèvent pas le coût du kilowattheure électrique. Nous allons passer en revue l’expérience de démantèlement des réacteurs en France et dans le monde,

pour bien mettre en évidence les acquis de l’industrie nucléaire et répondre aux questions souvent soulevées à ce sujet. Nous mentionnerons aussi quelques leçons tirées des démantèlements d’usines et laboratoires de retraitement des combustibles.

 

2. Qu’est-ce que le démantèlement ?

Il est important de bien défi nir ce que recouvre le mot de démantèlement, ne serait-ce que pour bien cerner les coûts et les responsabilités. Au sens général et vague du terme, le “démantèlement” commence quand cesse l’activité industrielle et quand les activités postérieures à l’arrêt ne peuvent être facturées à un client particulier et restent à la charge du propriétaire de l’installation.

 

Que fait alors l’exploitant ?

S’il est responsable d’un réacteur, il a évidemment évacué les combustibles irradiés vers le retraitement, ou vers le stockage définitif sans retraitement, et, s’il est responsable d’une installation du cycle, évacué les matières fissiles et les déchets ou effluents appartenant

à ses clients. Il peut alors commencer à assainir son installation, c’est-à-dire conditionner et évacuer les déchets d’exploitation non imputables à un client particulier pour les réacteurs, ou évacuer les effluents et déchets généraux d’exploitation pour les usines ou laboratoires du cycle. Ensuite il peut commencer à démonter les installations, puis à les évacuer, pour arriver à l’étape finale de destruction des bâtiments. L’OCDE, dans ses travaux méthodiques et remarquables sur le démantèlement [réf. 1], propose que ce terme recouvre neuf activités qui sont, pour les réacteurs :

L’entreposage du combustible usé,

Le conditionnement des déchets d’exploitation,

Le démontage du bâtiment réacteur,

La démolition des bâtiments conventionnels,

L’élimination du sol contaminé,

L’évacuation des déchets de déconstruction,

L’évacuation des déchets non radioactifs,

Le bilan radiologique du site,

Le déclassement de ce site.

Cette décomposition détaillée est très large. En France, le combustible usé est exclu du démantèlement et l’on peut regrouper les rubriques de l’OCDE en quatre grandes opérations

- L’assainissement (point 2),

- La déconstruction (points 3 et 4),

- La gestion des déchets (points 6 et 7),

- La réhabilitation du site (points 5, 8 et 9).

Cette décomposition en quatre rubriques est transposable aux installations du cycle, avec quelques réserves que nous commenterons plus bas. L’assainissement Avant de Commencer les opérations proprement dites de démontage des composants et appareillages, souvent confiées à des sociétés spécialisées étrangères à l’installation, l’exploitant doit assainir son installation, c’est-à-dire la mettre en ordre. Ces opérations sont évidemment placées sous la responsabilité des exploitants. Vient ensuite le démontage ou la déconstruction. La distinction entre “assainissement” et “déconstruction” est simple pour les réacteurs. Il n’en est pas de même pour les laboratoires et usines, en particulier quand l’exploitant n’a pas évacué tous les effluents, tous les produits chimiques nécessaires aux

procédés, tous les appareils hors d’usage, etc. Ces situations conduisent souvent à des

difficultés techniques importantes. S’agit-il d’assainissement ou de déconstruction ? Difficile à dire car la distinction n’est pas nette pour ces installations. On retiendra seulement qu’il y a une grande différence de coût entre l’assainissement-déconstruction d’une installation bien gérée, propre, dont la maintenance a été régulière, et celui d’autres où l’on a attendu pour de

multiples raisons. Comme la suite de cette revue est plutôt consacrée aux questions relatives aux réacteurs, pour lesquels l’assainissement ne pose pas de problèmes, cette question n’a guère d’importance. L’assainissement peut être toutefois un point très critique pour les installations du cycle particulièrement les laboratoires de recherche et les usines de la période préindustrielle. La déconstruction des installations Quand l’installation est vidée de ses produits dangereux, il faut démolir l’installation, pour faire place nette. Le mot démolir vient automatiquement à l’esprit lorsque le mot démantèlement est prononcé, avec son

cortège d’images vues à la télévision où de grandes barres HLM s’effondrent dans un nuage de poussière d’où émerge un tas de gravas qu’attaquent des bulldozers. Pour les installations nucléaires, il n’est pas question de démolir ainsi. En effet, les installations nucléaires, même assainies, présentent des risques de contamination de l’environnement quand leur confinement est détruit, ce qui se produit nécessairement pendant la déconstruction, ainsi que des risques d’irradiation des personnels engagés dans l’opération.

La démolition des installations nucléaires doit être contrôlée, minutieuse et méthodique. Il est donc tout à fait judicieux de lui donner un nom particulier, qui a été proposé par EDF et que nous adopterons, celui de déconstruction, qui illustre bien l’aspect particulier que doit présenter cette opération. La gestion des déchets La déconstruction conduit à produire, à trier et à conditionner les éléments de l’installation nucléaire irradiante et potentiellement contaminante, selon leur nature et leur radioactivité, pour en faire des déchets acceptables dans les installations d’entreposage ou de stockage. C’est une activité fondamentale et essentielle, responsable d’une part importante du coût du démantèlement. La réhabilitation du site Une fois l’installation démolie ou déconstruite, et les déchets évacués, il peut être nécessaire de réhabiliter le site pour d’autres usages. Si l’activité nucléaire a contaminé

et pollué les sols, la réhabilitation s’impose et son coût doit être incorporé au coût de démantèlement. Dans l’ensemble des expériences passées, ce poste n’est pas déterminant, car bien souvent les réutilisations des terrains dégagés par le démantèlement sont faciles

à trouver dans le domaine des activités nucléaires contrôlées par l’exploitant. La question pourrait se poser en cas d’arrêt complet du nucléaire et pour certains sites industriels de l’aval du cycle.

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